Vous êtes chef d’entreprise, consultant ou responsable marketing à Paris, et vous utilisez l’IA pour gagner du temps. Mais avouez-le : les textes que vous obtenez manquent cruellement de relief. Ils sont corrects, polis, mais ils ne vous ressemblent pas. Pire, ils pourraient être signés par n’importe qui. Vous avez l’impression de déléguer votre plume à un stagiaire trop zélé qui a appris le français dans des manuels scolaires des années 90.
Rassurez-vous, le problème n’est pas l’outil, c’est la façon dont vous lui parlez. Une IA bien éduquée peut reproduire votre ton, vos expressions et même votre humour. Il suffit de lui fournir un “profil d’écriture” détaillé. Dans cet article, je vais vous montrer comment créer ce profil et l’installer dans vos outils préférés, pour que chaque email, rapport ou post LinkedIn porte enfin votre patte.
Pourquoi les textes d’IA sonnent-ils si “robotiques” ?
Avant de corriger le tir, il faut comprendre ce qui cloche. Les modèles de langage comme ChatGPT, Gemini ou Claude sont des machines statistiques. Ils ne comprennent pas le sens des mots, ils calculent la probabilité qu’un mot succède à un autre. Entraînés sur des milliards de textes, ils ont appris les structures les plus courantes, les expressions les plus fréquentes. Résultat : ils produisent un style “moyen”, sans aspérités.
Mais un style moyen n’existe pas dans la vraie vie. Chaque professionnel a sa voix : des tics de langage, un rythme préféré, des tournures récurrentes. C’est cette singularité qui crée la connexion avec vos interlocuteurs. Et c’est précisément ce que l’IA gomme par défaut.
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut lui réapprendre. En lui donnant des consignes très précises, on va contrer ses tendances naturelles et la forcer à imiter votre manière d’écrire. C’est un peu comme si vous embauchiez un rédacteur et que vous lui donniez votre charte éditoriale personnelle.
Les 4 piliers d’une écriture humaine
Avant de paramétrer quoi que ce soit, mettons-nous d’accord sur ce qui fait qu’un texte sonne “naturel” pour un lecteur français. Voici les quatre caractéristiques que vous allez devoir intégrer dans vos instructions à l’IA.
1. Le rythme : jouer avec les longueurs
Un texte humain n’est pas monotone. Il alterne phrases longues et sinueuses (pour poser une idée complexe, créer une ambiance) et phrases courtes, parfois très courtes, pour percuter, conclure, ou lancer un sujet. C’est cette variation de rythme qui maintient l’attention. L’IA, par défaut, a tendance à produire des phrases de longueur moyenne et régulière, ce qui rend le texte soporifique.
Exemple : “L’IA peut générer du contenu rapidement, mais elle manque souvent de nuance et de profondeur. Il est donc important de la guider avec des instructions claires.” (phrase plate). Comparez avec : “L’IA ? Rapide, oui. Mais nuancée ? Pas vraiment. Alors on la guide.” (plus vivant).
2. La voix : oser le “je” et l’imprévu
L’écriture humaine est personnelle. Elle utilise la première personne, exprime des doutes, des opinions, des digressions. Elle est imprévisible. L’IA, elle, reste dans le consensus, le “on”, le “il faut”. Pour sonner vrai, votre texte doit contenir des marques de subjectivité : “je pense”, “à mon avis”, “je me souviens que…”, “en réalité, ce qui m’a frappé, c’est…”.
3. Le vécu : des histoires, pas des généralités
Rien ne rend un texte plus authentique qu’une anecdote, un exemple concret tiré de votre expérience. “J’ai récemment accompagné un client du 94 qui…” parle bien plus qu’une phrase générique sur les “besoins des clients”. L’IA ne peut pas inventer votre vécu, mais elle peut parfaitement intégrer les histoires que vous lui fournissez. C’est là que vous devenez irremplaçable.
4. Les interdits : bannir les tics d’IA
Certaines expressions sont des signaux d’alarme immédiats. “Dans un monde en constante évolution”, “il convient de souligner”, “au cœur des préoccupations”, “tirer parti des opportunités” … Ces formules toutes faites n’apportent rien et crient “IA” à chaque ligne. Votre profil d’écriture doit contenir une liste noire de ces expressions à proscrire absolument.
Créer votre “profil d’écriture” (le document qui va tout changer)
L’idée est de rassembler dans un seul document toutes les consignes qui permettront à l’IA de vous imiter. Ce document, vous le garderez dans vos notes et vous le copierez dans les outils au moment voulu. Voici comment le structurer.
Étape 1 : Collectez vos écrits
Prenez cinq à dix de vos meilleurs écrits : emails importants, rapports, articles, posts LinkedIn. Choisissez ceux qui vous ressemblent le plus. L’IA va analyser ces textes pour en extraire votre style. Vous pouvez le faire manuellement, mais c’est long. Plus simple : utilisez un outil comme Claude qui a une grande capacité de contexte. Donnez-lui tous vos textes et demandez-lui : “Analyse ces écrits et liste les caractéristiques stylistiques : longueur des phrases, vocabulaire, tics de langage, structure, ton, expressions récurrentes, etc.”
Étape 2 : Formalisez les règles
À partir de cette analyse, vous allez rédiger une série d’instructions claires. Par exemple :
- “J’écris généralement à la première personne du singulier.”
- “Mes phrases sont plutôt courtes (moins de 20 mots en moyenne), mais j’introduis parfois une phrase longue pour nuancer.”
- “J’utilise fréquemment des questions rhétoriques pour impliquer le lecteur.”
- “J’évite le jargon technique, je préfère les mots simples.”
- “Mes expressions favorites : ‘c’est-à-dire’, ‘en clair’, ‘vous voyez ce que je veux dire’.”
- “Je n’utilise jamais : ‘dans le cadre de’, ‘au niveau de’, ‘il est important de noter’.”
- “J’aime commencer mes emails par une formule directe : ‘Bonjour [Prénom],’ sans fioritures.”
Étape 3 : Ajoutez des contraintes structurelles
Vous pouvez aussi dicter la structure typique de vos écrits. Par exemple pour un email : “Je commence par une accroche personnalisée, puis j’énonce l’objet en une phrase, je développe si nécessaire avec des puces simples, et je termine par une question ouverte.”
Étape 4 : Intégrez votre contexte professionnel
Indiquez votre secteur, votre public cible, les valeurs de votre entreprise. Par exemple : “Je travaille dans le conseil en transformation digitale pour des PME parisiennes. Mes clients sont des dirigeants pragmatiques, je dois donc rester concret et éviter le bullshit.”
Vous obtenez ainsi un document de 500 à 1000 mots, votre véritable “master prompt” personnel.
Installer votre profil dans les outils du marché
Maintenant que vous avez votre document précieux, il faut le loger quelque part pour qu’il soit appliqué à chaque conversation. Chaque plateforme a sa méthode.
ChatGPT : les instructions personnalisées et les GPTs
Dans ChatGPT (version payante), cliquez sur votre nom en bas à gauche, puis “Instructions personnalisées”. Dans le second champ (“Comment voudriez-vous que ChatGPT réponde ?”), collez l’intégralité de votre profil. Désormais, toutes vos conversations suivront ces règles.
Pour aller plus loin, vous pouvez créer un GPT personnalisé. C’est un assistant dédié à un usage spécifique. Allez dans “Explorer les GPTs”, puis “Créer un GPT”. Dans les instructions système, collez votre profil. Vous pouvez même y ajouter vos documents de référence. Ainsi, vous aurez votre propre “copie” de ChatGPT parfaitement calibrée.
Gemini : les Gems
Google Gemini propose les “Gems” : des versions spécialisées du chatbot. Allez dans l’onglet “Gems” (disponible avec Gemini Advanced). Créez un nouveau Gem, donnez-lui un nom (“Rédacteur à ma façon”) et dans la description, collez votre profil d’écriture. Vous pourrez ensuite l’invoquer à tout moment pour rédiger à votre place.
Claude : les Projects et le System Prompt
Claude est particulièrement adapté à ce genre d’usage grâce aux “Projects”. Créez un projet (par exemple “Écriture professionnelle”), et dans la section “Project knowledge”, collez votre profil. Vous pouvez aussi ajouter vos textes d’exemple. Ensuite, toutes les conversations dans ce projet hériteront de ce contexte.
Copilot : les instructions personnalisées
Microsoft Copilot propose également des instructions personnalisées. Dans l’application ou sur le web, accédez aux paramètres et cherchez l’option “Instructions personnalisées”. Le principe est le même que pour ChatGPT. Idéal pour ceux qui vivent dans l’écosystème Microsoft. Cette formation Copilot vous montre comment l’utiliser pour vos rapports et emails.
Exemple concret : avant/après l’application du profil
Prenons un exemple. Vous devez envoyer un email à un prospect pour proposer un rendez-vous. Sans profil, l’IA pourrait écrire :
Objet : Proposition de rendez-vous
Bonjour Monsieur Dupont,
Je me permets de vous contacter dans le cadre de nos activités de conseil en transformation digitale. Nous accompagnons les entreprises comme la vôtre dans l’optimisation de leurs processus grâce à l’IA. Seriez-vous disponible pour un échange de 30 minutes la semaine prochaine ?
Dans l’attente de votre retour, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Jean Martin
C’est convenable, mais sans âme. Maintenant, appliquons votre profil qui exige un ton direct, des phrases courtes, et l’interdiction des formules comme “dans le cadre de”. Voici le résultat :
Objet : 15 minutes pour parler IA ?
Bonjour Monsieur Dupont,
J’ai vu que vous dirigiez une PME dans le secteur de la logistique. Je ne vais pas vous vendre du rêve, mais une idée précise : et si l’IA pouvait vous faire gagner 20% de temps sur vos opérations courantes ?
Je bosse là-dessus avec des entreprises parisiennes, et je pense sincèrement que ça pourrait vous intéresser. Pas de powerpoint, pas de blabla. Juste un café (ou un visio) pour échanger.
Disponible jeudi ou vendredi prochain ? Dites-moi ce qui vous arrange.
À très vite,
Jean
Le second est plus court, plus percutant, et surtout, il a une personnalité. C’est exactement ce que votre profil permet d’obtenir systématiquement.
Affiner votre profil en continu
Votre style évolue, votre profil doit suivre. Après chaque texte généré, demandez-vous : “est-ce que ça me ressemble vraiment ?” Si quelque chose cloche, notez-le et ajoutez une règle. Par exemple, si l’IA utilise encore trop de “en effet”, ajoutez “bannir ‘en effet’ en début de phrase”. En quelques semaines, votre profil deviendra un miroir quasi parfait de votre plume.
Vous pouvez aussi partager votre profil avec vos collaborateurs pour harmoniser les communications de l’entreprise. C’est un excellent moyen de maintenir une voix cohérente sans brider les individualités.
L’IA ne remplace pas votre voix, elle l’amplifie
En suivant cette méthode, vous cessez de subir des textes génériques. Vous devenez le chef d’orchestre d’un outil puissant qui met votre style en valeur. L’IA ne pense pas à votre place, elle ne vit pas à votre place, mais elle peut apprendre à écrire comme vous. C’est tout l’enjeu de cette collaboration homme-machine : garder le contrôle de l’intention et de la voix, tout en déléguant la mise en forme.
Alors, prêt à éduquer votre IA ? Commencez dès aujourd’hui en collectant vos écrits et en créant votre premier profil.