Il est 18h30. Vous fermez votre ordinateur quand la notification tombe. Un message de Laurent, partenaire historique, dont le ton ne laisse aucun doute sur son état d’esprit. Reproches, sous-entendus, une vague menace en conclusion. Vous relisez. Quelque chose monte, un mélange d’indignation et d’énervement, et vos doigts sont déjà sur le clavier avant même que vous ayez décidé quoi répondre. La communication NonViolente, dans cet instant précis, est à des kilomètres de vos pensées. Et c’est exactement là que tout se joue.

Ce que nous faisons quand la pression monte

Face à une critique, un reproche ou une attaque, notre cerveau active un programme ancien. Très ancien. Celui qui, pendant des millénaires, nous a aidés à survivre face au danger. Attaquer, fuir ou se figer. Dans un contexte professionnel, ça se traduit différemment, mais le mécanisme est le même.

Certains contre-attaquent. Ils répondent du tac au tac, défendent leur position avec véhémence. Et surtout retournent la responsabilité sur l’autre. D’autres se justifient à l’excès, détaillent et expliquent. Cherchent à démontrer qu’ils ont raison. D’autres encore se ferment, ne répondent pas, laissent le silence s’installer comme une forme de retrait. Aucune de ces réactions n’est stupide. Toutes sont humaines. Et pourtant dans la grande majorité des cas. Elles aggravent la situation au lieu de la résoudre.

Le problème avec une réaction conditionnée. C’est qu’elle répond à l’émotion du moment. Pas à l’enjeu réel de la situation. On répond à la forme du message de Laurent, à son ton, à ce qu’il vous fait ressentir, plutôt qu’à ce qui se passe vraiment derrière ses mots.

Ce que la communication NonViolente propose à la place

La communication NonViolente ne demande pas de ravaler sa colère ni de faire semblant que tout va bien. Elle propose quelque chose de plus utile et de plus honnête. faire une pause entre le stimulus et la réponse, pour comprendre ce qui se passe en soi avant d’interagir avec l’autre.

C’est ce qu’on appelle l’auto-empathie. Pas de la complaisance envers soi-même, pas une invitation à ruminer. Plutôt une capacité à s’arrêter et à se demander. Qu’est-ce que je ressens vraiment là ? Et derrière ce que je ressens, quel est le besoin qui n’est pas satisfait ?

Parce que derrière chaque réaction vive, il y a toujours un besoin. Le besoin d’être respecté. D’être reconnu dans son travail. De pouvoir faire confiance à un partenaire. De ne pas être tenu responsable de quelque chose qu’on n’a pas maîtrisé. Ces besoins sont légitimes. Mais tant qu’on ne les a pas identifiés, on ne peut pas y répondre de façon constructive. On reste dans la réaction, pas dans la réponse.

Nos jugements moralisateurs, ces écrans qui brouillent tout

Quand Laurent envoie ce message agressif, notre cerveau produit immédiatement des jugements. Il est injuste. Vraiment il exagère. Il ne comprend rien. C’est toujours pareil avec lui. Ces jugements ont une fonction. Ils nous permettent de traiter rapidement une situation complexe. Mais ils ont aussi un coût. Ils nous éloignent de ce qui se passe vraiment.

La communication NonViolente invite à transformer ces jugements en quelque chose de plus utile. Non pas à les effacer, mais à les traverser pour trouver ce qu’ils disent de nos valeurs et de nos besoins. “Il est injuste” peut vouloir dire que j’ai besoin d’équité et de reconnaissance. “Il exagère” peut signifier que j’ai besoin que mes efforts soient vus à leur juste mesure. Cette translation, aussi simple qu’elle paraisse, change complètement la façon dont on aborde ensuite la conversation.

Plutôt que de répondre à Laurent depuis un endroit de défense ou d’attaque, on peut lui répondre depuis un endroit de clarté. On sait ce qui est important pour soi. On peut l’exprimer sans se perdre dans le rapport de force. Et paradoxalement, c’est souvent cette posture qui désamorce le plus efficacement les situations tendues.

Proactif ne veut pas dire passif

Une précision qui a son importance. Adopter une approche de communication NonViolente face à la crise ne signifie pas accepter ce qui est inacceptable, ni renoncer à défendre ses positions. Cela signifie choisir le moment et la façon dont on entre dans la conversation, plutôt que de se laisser emporter par l’émotion du moment.

Un message envoyé à chaud, depuis un état de réactivité maximale, referme les portes. Une réponse formulée après avoir pris le temps de l’auto-empathie, même brève, les maintient ouvertes. La différence entre les deux peut tenir à quelques minutes de recul. Et dans une relation professionnelle importante, ces quelques minutes peuvent éviter des semaines de tension inutile.

C’est précisément ce que la communication NonViolente offre comme outil au quotidien. Non pas une façon de ne jamais ressentir de colère ou d’indignation, mais une façon de ne plus en être le jouet.

Vous voulez explorer ça en situation réelle ?

Bpifrance Université propose une formation en ligne interactive de quelques minutes sur ce sujet, avec une approche originale. Vous suivez Valérie-Anne, dirigeante confrontée à un message difficile de son partenaire, et vous faites des choix en temps réel pour observer l’impact de différentes réactions. Puis vous découvrez avec elle les clés concrètes de l’auto-empathie issues de la communication NonViolente.

→→→Découvrir la formation sur Bpifrance Université←←←

C’est le deuxième épisode d’une série complète sur la Communication NonViolente,  pour comprendre comment transformer ses réflexes de crise en véritables leviers de coopération.