« Tu peux me faire ça pour demain ? » On croit poser une question. En réalité, on n’attend qu’une seule réponse. Et la personne en face le sait très bien. Elle dit oui, bien sûr. Mais quelque chose s’est imperceptiblement refermé. C’est l’une des situations que la communication nonviolente éclaire avec une précision qui surprend : la frontière entre une demande et une exigence est beaucoup plus floue qu’on ne le pense.
Ce qu’on croit demander et ce qu’on dit vraiment
La plupart de nos demandes professionnelles ne sont pas vraiment des demandes. Elles ressemblent à des demandes, elles en ont la forme polie, parfois même la douceur, mais elles ne laissent pas vraiment de place au non. Et cette absence de place, l’autre la ressent, même quand il ne la verbalise pas.
Tantôt c’est la fermeté du ton qui ferme la porte avant qu’elle soit ouverte. Une autre c’est la façon dont la demande est formulée, tellement précise, tellement encadrée, qu’il n’y a plus rien à négocier. Parfois c’est plus subtil encore : une gentillesse un peu trop appuyée qui rend le refus presque impossible sans se sentir coupable.
Dans tous ces cas, le résultat est le même. L’autre obtempère, mais sans vraiment s’engager. Il fait ce qu’on lui demande, mais pas plus. Et sur la durée, c’est toute la qualité d’une relation de travail qui s’appauvrit, sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi.
La communication nonviolente : demander depuis le manque ou depuis la confiance
La communication nonviolente fait une distinction simple mais redoutablement efficace. On peut formuler une demande depuis un endroit de manque, de plainte, de ce qui ne va pas. Ou on peut la formuler depuis un endroit de confiance, de ce qui est important pour soi, de ce qu’on cherche à construire.
Concrètement, ça donne deux phrases très différentes pour exprimer la même chose. « Je n’en peux plus de gérer ça seul, j’ai besoin que tu t’impliques davantage. » C’est une demande depuis le manque. « Ce qui compte vraiment pour moi, c’est qu’on trouve ensemble comment mieux se répartir les choses. » C’est une demande depuis la confiance. Le fond est identique. Mais la façon dont l’autre reçoit chacune des deux n’a rien à voir.
La première ferme. La seconde ouvre. Et c’est souvent aussi simple que ça, même si y arriver demande un peu de pratique. L’Association pour la Communication NonViolente en France propose d’ailleurs de nombreuses ressources pour s’entraîner à cette distinction dans des situations concrètes.
Avoir raison ou garder le lien
Il y a une question que la communication nonviolente invite à se poser avant chaque échange difficile. Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi là, maintenant ? Avoir raison ? Prouver que l’autre a tort ? Ou maintenir une relation dans laquelle on peut travailler ensemble efficacement ?
Ce n’est pas une question rhétorique. Dans le feu d’une tension professionnelle, la réponse n’est pas toujours évidente. Et selon les spécialistes de la médiation en entreprise, la majorité des conflits qui s’enveniment ne portent pas vraiment sur les faits. Ils portent sur la façon dont chacun a interprété les intentions de l’autre. Changer sa façon de formuler une demande suffit souvent à désamorcer une dynamique avant qu’elle ne s’installe vraiment.
Une demande qui laisse vraiment la place au non
C’est sans doute le point le plus difficile à intégrer. Une vraie demande, au sens de la communication nonviolente, c’est une demande dont on accepte sincèrement que la réponse puisse être non. Pas de façon tactique, pas pour paraître ouvert tout en espérant secrètement que l’autre dira oui quand même. Sincèrement.
Cela demande de lâcher quelque chose. Le contrôle du résultat, en partie. L’illusion qu’on peut décider à la place de l’autre de ce qui est faisable ou acceptable pour lui. C’est inconfortable, surtout quand on est sous pression. Mais c’est précisément ce qui transforme un échange en dialogue, plutôt qu’en négociation déguisée où les cartes sont truquées d’avance.
La revue Cerveau et Psycho a publié plusieurs dossiers accessibles sur la façon dont nos besoins non exprimés influencent nos comportements relationnels, avec des éclairages utiles pour comprendre pourquoi ce lâcher-prise est si difficile, et comment y arriver progressivement.
Curieux de ce que l’autre va répondre, pour de vrai
Formuler une vraie demande, c’est aussi se retrouver sincèrement curieux de ce que l’autre va dire. Pas pour mieux répliquer. Pas pour anticiper les objections. Juste parce qu’on reconnaît que sa réponse, ses contraintes, sa façon de voir les choses ont autant de valeur que les siennes.
Cette curiosité sincère est ce qui distingue une conversation professionnelle ordinaire d’un vrai échange. Et comme le montrent régulièrement les analyses de Maddyness sur les pratiques managériales qui font la différence, les équipes qui fonctionnent le mieux ne sont pas celles où tout le monde est d’accord. Ce sont celles où tout le monde se sent vraiment entendu.
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C’est le troisième épisode d’une série complète, pour changer concrètement la façon dont on formule ses attentes au quotidien.